Gaz sénégalais : L'impératif d'anticiper les impacts humains

Gaz sénégalais : L'impératif d'anticiper les impacts humains

Attendue pour 2021, l’exploitation du gaz devrait générer 150 milliards de dollars pour l’économie sénégalaise. Entre aubaine et menaces, des mesures de sauvegarde sont nécessaires, notamment en matière de protection sociale et environnementale.

C’est d’abord le ministre mauritanien du Pétrole qui prédisait que, sur une durée moyenne de 30 ans, rien que pour le gaz Grand Tortue-d'Ahmeyim, l'exploitation devrait générer 1 milliard de dollars de revenus directs par an aux deux Etats ». Dans une interview au journal Afrique Tribune, le géologue sénégalais, ancien de la société nationale  Petrosen, ajoutait que « les réserves découvertes pourraient faire entrer le Sénégal dans le top 10 africain des producteurs ». L’auteur du livre à succès « L’or noir d Sénégal, comprendre l’industrie pétrolière et ses enjeux au Sénégal » estimant que c’est une immense opportunité pour le pays, n’en tire pas moins la sonnette. Puisque cette aubaine attendue par les deux pays n’en constitue pas moins une menace pour l’économie maritime dont dépend directement 600 000 pêcheurs et, indirectement 2 millions de personnes rien qu’au Sénégal, selon le rapport 2016 de l’Institut d’études de sécurité (ISS). Alors que le journaliste Matteo Maillard avançait comme « gains financiers de l’Etat jusqu’à 30 milliards de dollars [environ 26 milliards d’euros] sur trente ans pour SNE et Tortue »,  les autorités du ministère de l’Environnement n’en étant pas moins conscients des risques ont depuis lors lancé les études d’impact social et environnemental.  Dont le volet technique a été bouclé avec les parties prenantes. En effet, les spécialistes ont eu, dès l’annonces de la manne espérée, à préconisé une cartographie en amont du milieu marin, une bonne politique de gestion des déchets sur les plateformes et une compensation adéquate des acteurs de la pêches et des populations impactées, selon Abdou Guèye, environnementaliste d’Enda Energie. Il s’était soucié du respect de l’article 48 du Code de l'Environnement, quant à l’identification des potentiels impacts environnementaux, leur atténuation et, à contrario les compensations idoines, à travers un Plan de gestion environnementale et sociale (PGES). Le Sénégal attend de la validation sociale de cette l’étude, laquelle devant impliquer des audiences publiques, selon le ministère, après que Saint)Louis a abrité les travaux du comité technique qui a réuni l’Etat, les universitaires, les collectivités territoriales et les  représentants des pêcheurs. Selon des sources ministérielles, « un terminal hub gazier sera érigé au niveau de la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal et une unité sera également mise en place à environ 11 à 13 km de la côte, pour la gazéification et la liquéfaction du gaz ».  Si Abdou Guèye attire l’attention sur les risques majeurs comme ceux qu’on a relevé dans le Golfe du Mexique, ainsi que d’éventuels accidents et naufrages, Fary Ndao oriente sa réflexion vers des considérations d’ordre économique comme ce qui qu’on a appelé « la maladie hollandaise, le pay pétrolier pouvant être tenté de  s’installer dans une économie de rente, « notamment quand il s’adosse à une ressource naturelle en délaissant d’autres secteurs ». Citant les exemples du Gabon et de l’Angola qui importent presque tout, jusqu’à la nourriture, l’auteur de « Politisez-vous » ajoute : « La durée de vie de nos gisements est estimée à trente ans. Il faudra ensuite embrayer sur un autre type d’économie. » il s’agit déjà d’anticiper sur l’après-pétrole et gaz. 

 

La Rédaction (avec La Tribune Afrique)